Un organe long, étroit et difficile d’accès
Les saignements, lésions, maladies inflammatoires ou tumeurs de l’intestin grêle sont difficiles à localiser. L’entéroscopie à double ballon permet d’avancer profondément, mais elle est lente, techniquement exigeante et pratiquée par un nombre limité de spécialistes. C’est ce verrou que l’équipe de Giovanni Traverso et Binbin Ying cherche à réduire. BIOSENTER est un tube souple relié à des contrôleurs externes. Quatre chambres pneumatiques dans ses actionneurs le font s’allonger ou se courber. Deux ballonnets d’ancrage se gonflent alternativement à l’avant et à l’arrière. Des manchons découpés selon un motif de kirigami se déploient comme de petites écailles et augmentent l’adhérence sur la muqueuse glissante, avec l’objectif d’éviter de trop étirer les tissus.
Deux mètres parcourus, plusieurs gestes démontrés
Dans les essais précliniques décrits dans *Science Robotics*, le robot a progressé sur environ 6,5 pieds, soit deux mètres, dans de l’intestin porcin. Les chercheurs ont également démontré une caméra, un système de pulvérisation de liquide et des clips destinés au prélèvement ou au retrait de petits polypes. Ces résultats montrent une plateforme multifonction. Ils ne démontrent pas encore qu’elle est meilleure ou plus sûre qu’une entéroscopie à double ballon chez l’humain. Le robot reste piloté par un opérateur et relié par un câble. L’autonomie évoquée pour l’avenir est un objectif de recherche, pas une capacité clinique actuelle.
La prochaine étape sera la sécurité
Avant un essai humain, il faudra tester des distances plus longues, la répétabilité, le risque de lésion, la stérilisation, l’ergonomie et la compatibilité avec les pratiques hospitalières. Une comparaison directe avec les outils actuels sera également nécessaire. Les auteurs eux-mêmes qualifient la technologie de préclinique. Pour les patients, l’intérêt potentiel est néanmoins clair : mieux atteindre une zone aujourd’hui difficile, réaliser une biopsie au moment de l’imagerie et délivrer localement un médicament. Pour l’hôpital, une manipulation plus standardisée pourrait réduire la dépendance à une expertise rare, sans remplacer le jugement du gastro-entérologue.
Conclusion
BIOSENTER ne transforme pas encore l’endoscopie. Il démontre toutefois qu’un robot souple peut combiner déplacement, observation et intervention dans un environnement anatomique délicat. Sa valeur se mesurera désormais dans des essais de sécurité rigoureux, puis éventuellement chez l’humain.

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